L’exode de Lateu (île Tegua) : anatomie d’une intox

Publié le par Charles Muller

Les habitants d’un village côtier de l’île Tegua (archipel de Vanuatu) ont été chassés de leurs terres ancestrales par la hausse du niveau des mers due au réchauffement global. En décembre 2005, cette terrible nouvelle a fait le tour du monde à la vitesse d’une onde sismique. Mais il s’agit d’une désinformation pure et simple : le niveau des mers (comme la fréquence des cyclones de haute intensité) n’a pas connu d'augmentation significative dans la région depuis 25 ans.

Lateu (en fait Litao) est un village d’une centaine d’habitants situé sur l’îlot de Tegua. Ce dernier appartient au groupe des îles Torres (province septentrionale Torba des archipels Vanuatu), dans le Pacifique Sud. Cette chaîne de minuscules terres émergées s’étire sur 42 km, avec une altitude maximale de 200 mètres.

Rien ne semblait prédisposer Lateu à devenir célèbre ailleurs que dans les brochures pour touristes en mal de paysages paradisiaques. Et ce fut pourtant le cas à la fin de l’année dernière. Le 6 décembre 2005, à l’occasion de la conférence de Montréal sur le changement climatique, le programme Environnement des Nations Unies a publié un communiqué de presse indiquant : "Une petite communauté vivant dans la chaîne pacifique de Vanuatu est devenue l’une, sinon la première, des populations à avoir dû véritablement se déplacer pour se protéger, en conséquence du changement climatique." Klaus Toepfer, directeur de ce programme Environnement, précisait : "La fonte des glaces et la hausse du niveau des mers, la puissance des tempêtes et autres phénomènes sont les premières manifestations de grands changements en cours qui toucheront tout le monde sur la planète".

La nouvelle s’est bien sûr rapidement répandue. Voici que qu’on pouvait lire par exemple sous la plume de Pierre Barthélémy, dans un article du Monde (18 décembre 2005) titré "Bientôt des milliers de réfugiés chassés par l’océan" :

"Le réchauffement climatique va entraîner une hausse du niveau de la mer de 5 mm par an au XXIe siècle, soit trois fois plus qu'au siècle précédent. Les zones les plus menacées sont les îles du Pacifique, le Bangladesh et les grands deltas. Au mois d'août, la centaine d'habitants de Lateu, dans l'archipel de Vanuatu, en Océanie, sont entrés bien involontairement dans l'histoire. Leur village, situé au bord du Pacifique sur l'îlot de Tégua, est le premier au monde à avoir été déplacé en raison du réchauffement climatique et de la montée des océans. Les racines des cocotiers baignaient dans l'eau, les cyclones et les grandes marées s'enchaînaient à une cadence inouïe, la modeste barrière de corail de 1 mètre, dernière ligne de défense contre les flots, s'était érodée, les moustiques porteurs de diverses maladies prospéraient en raison des points d'eau stagnante… Il a donc fallu partir à quelques centaines de mètres à l'intérieur de l'île. Lateu fait aujourd'hui figure de symbole."

Le Monde ayant la réputation d’un journal sérieux, cette description épique vous laisse imaginer la teneur des communiqués émanant des lobbies écologistes.

Mais qu'en est-il vraiment ?

Le climat et les variations du niveau de la mer de cette région sont suivis depuis une quinzaine d’années par le South Pacific Sea Level and Climate Monitoring Project (SPSLCMP). Le dernier rapport en date pour l’archipel Vanuatu date de 2004.

Le tableau ci-dessous indique les variations d’anomalies constatées entre 1991 et 2004 pour le niveau de la mer, à l’aide d’un réseau local de marégraphes. L’archipel Vanuatu (en neuvième position) ne montre pas vraiment le raz-de-marée décrit dans l’article du Monde, les dernières années disponibles (2003-2004) étant plutôt à la baisse. L’ensemble de la période montre des fluctuations régulières, les plus marquées (à la baisse) étant due au phénomène El Niño (l’inverse pour La Niña).

Les analyses par satellite (Topex/Poseidon et Jason) confirment l’absence de tendance importante dans la région, sur la période 1993-2005) (encadré blanc au large de l’Australie dans cette carte de la base de données de l’Université du Colorado).

Pour les marégraphes, la hausse moyenne sur la période constatée à Vanuatu est de 4,8 mm/an, une fois corrigée des mouvements géodésiques due à la tectonique volcanique intense dans la région. Mais la courbe de tendance montre clairement que la part la plus importante de cette hausse moyenne a été enregistrée au début des mesures, entre 1993 et 1997, la période suivante étant marquée par une stagnation (Vanuatu est cette fois en seconde position).

La hausse du niveau de la mer due au réchauffement climatique est provoquée par une amplification thermique des eaux de surface. Si le réchauffement global est en cause, les différents archipels de la région devraient subir sensiblement les mêmes fluctuations. Or, le rapport du SPSLCMP montre qu’il n’en est rien, en reproduisant une analyse de la région menée sur 25 ans par l’Université de Hawaï / NOAA. La tendance moyenne du Pacifique est une hausse de 0,8 mm par an, mais les déviations standards d’une année sur l’autre dépassent parfois les 5 mm pour chaque site étudié et aucune tendance univoque n’émerge des mesures. Dans la seule république du Kiribati par exemple, on enregistre sur 25 ans une baisse de 2,24 mm / an à Tarawa mais une hausse de 2,17 mm / an à Fanning.

Dans leur rapport sur Vanuatu, les chercheurs du SPSLCMP ont la prudence de déclarer : "Le but fondamental de notre projet est d’établir le rythme du changement du niveau de la mer. Il a été reconnu dès le début que cela demanderait plusieurs décennies de donnés continues et de haute qualité". Et ils concluent leur synthèse sur les tendances à court terme de la manière suivante : "On voit qu’il est encore bien trop tôt pour déduire des données une tendance à long terme (ou même pour savoir si cette tendance est positive ou négative)". Ni l’ONU ni les médias n’ont jugé bon de les écouter.

Qu’en est-il des cyclones ? Les trois plus puissants ayant affecté l’archipel de Vanuatu sont Prema (29 mars 1993), Paula (2 mars 2001) et Ivy (26 février 2004). Ces cyclones destructeurs sont-ils devenus plus intenses au cours des dernières années ou décennies ? La réponse est négative. Ce tableau montre les variations récentes (1974-2004) des cyclones de catégories 3, 4 et 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson (les plus intenses, donc). Dans le Pacifique sud et ouest, on constate une variation décennale à la hausse (20 en 1975-84 puis 32 en 1985-94) puis à la baisse (22 en 1995-2004), caractéristique des amplitudes habituelles des cyclones. (Les références du tableau se trouvent sur ce site dans cet article).


Conclusion
Dans son récent et désormais célèbre roman État d’urgence, Michael Crichton décrit le réchauffement gobal comme une sorte de conspiration menée de front par des organisations écologistes, des instances internationales et des médias prêts à gober n’importe quelle information sensationnelle. Ce roman est une fiction et ses approximations climatologiques ne sauraient en faire un livre de référence.
Néanmoins, on est saisi par la similitude entre la réalité et la fiction dans le cas précis de l’île Tegua. Des dizaines de millions de personnes ont entendu l’information dramatique selon laquelle les pauvres habitants de Lateu sont chassés de leurs terres ancestrales par la seule faute du réchauffement global et de la hausse des océans. Combien auront pris le temps de vérifier eux-mêmes la qualité et la véracité de cette information ? Combien auront constaté que le propos hâtif d’un fonctionnaire de l’ONU déclenche un tsunami médiatique compassionnel sans aucun rapport avec la situation réelle du Pacifique, du niveau de la mer, des cyclones et du réchauffement ?
Ainsi naissent et se progagent les mille et une petites légendes qui forment le grand mythe du réchauffement climatique. Face à cette déformation systématique des faits, le réalisme sceptique s’impose comme la seule cure efficace de désintoxication mentale.

Référence
South Pacific Sea Level and Climate Monitoring Project (2004), Pacific Country Report, sea-level and climate : their present state. Vanuatu. Téléchargeable depuis cette page.

Publié dans Actualités - Brèves

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ivana 27/08/2007

bonjour,
n\\\'étant absolument pas une scientifique mais étant doué d\\\'un élémentaire bon sens je parcours vos articles avec un grand intérêt, aussi je vous saurais gré de bien vouloir m\\\'éclairer sur ce point : l\\\'eau a-t\\\'elle oui ou non monté sur vanuatu et si oui quelle en est la cause ?
merci et bonne continuation
cordialement,
ivana

Pierre 28/08/2007

J'espère pour vous que vous aurez une réponse...Malheureusement, Charles Müller, l'auteur de ce site a complètement disparu de la circulation depuis le 30 mars.Plus aucune nouvelles de sa part depuis cette date.Plus aucune intervention non plus sur le forum info-climat, où il avait pourtant lancé un sujet de discussioon.Nous sommes un certain nombre d'anciens accros à ce site à être un peu inquiets, et déçus de ne plus avoir les infos de qualité que l'on  pouvait trouver ici

Curieux 29/08/2007

Sans connaître mieux que cela l'ile vanatu, il faut savoir que la croûte sur laquelle nous reposons tous "flotte" tous sur un magma visqueux, le manteau.

Pour les îles, qui sont une émergence au milieu des mers, elles reposent sur une partie particulièrement fine de cette croûte et elles représentent un poids important très localisé ce qui entraînent un enfoncement des îles dans le manteau. En fait ce n'est pas la mer qui monte, quelques centimètres par siècles, mais les îles qui coulent !